Une réouverture avortée

Alors que la pandémie de la covid-19 continue de cerner notre pays avec un taux de cas positifs qui donne des vertiges, le gouvernement du Sénégal – qui va de mal en pis dans la gestion de la crise sanitaire – avait annoncé en grande pompe la date de la réouverture des classes : mardi 02 juin.

Et pourtant, le choix de cette date, en cette période où le taux de cas positifs inquiète plus d’un, a fait l’objet d’un débat sérieux. Les conditions étaient-elles suffisamment réunies pour la réouverture des écoles ? Face à cette question, le gouvernement du Sénégal avait soutenu à cor et à cri qu’il va mettre en place un dispositif efficace afin de permettre aux enseignants de dérouler le programme scolaire en toute sécurité. Le locataire du palais avait donné sa parole. Le défi a été lancé : il faut sauver l’année scolaire.

Avec cette obsession maladive de sauver coûte que coûte l’année scolaire, le gouvernement a piloté les choses dans une précipitation sans précédent. Nous avons tous vu les images du retour des enseignants, rassemblés dans un lieu à Dakar. Ces images ont inondé les réseaux sociaux et m’ont tapé sur les nerfs. Des bus, qui ont certainement couté beaucoup d’argent à l’État, ont été mis à leur disposition pour leur permettre de rejoindre leurs postes. Avec tous les risques qui pouvaient se dresser devant eux, les soldats de l’éducation ont répondu à l’appel. Quelle marque de patriotisme !

Mais à la surprise de tous, le gouvernement du Sénégal, qui s’est distingué dans la gestion de la crise sanitaire avec un tâtonnement dont il est le seul à détenir le secret, sort un communiqué qui a fait avorter la réouverture des classes. Le communiqué justifie la décision comme suit : « Des cas de personnels enseignants testés positifs à la covid-19 ont été enregistrés dans la région de Ziguinchor. C’est pourquoi son Excellence le Président de la République a décidé de reporter la reprise des cours initialement prévue le 02 juin 2020 jusqu’à une date ultérieure, afin d’annuler tout risque de propagation du virus dans l’espace scolaire ».

Décidément, le gouvernement ne savait donc pas qu’il y aurait des risques de propagation du virus dans l’espace scolaire. À y voir de près, les conditions n’étaient pas réunies pour faire face à tous les risques… Le renoncement de l’État du Sénégal prouve, encore une fois, que nos dirigeants n’ont pas anticipé sur les questions éventuelles qui pourraient compromettre le processus jusque-là mis en place pour sauver l’année scolaire. L’amateurisme et le pilotage à vue, qui ont arrimé le processus de la démarche pour la reprise des cours, prouvent le manque d’efficacité et de tact du président de la République dans la gestion de la crise de la covid-19.

Depuis l’avènement du virus au Sénégal, nous avons noté des incohérences dans les démarches du gouvernement. Le chef de l’État prend des mesures, puis il se rend compte qu’il a mal procédé et, au final, il abdique. C’est tout le paradoxe que révèlent les mesures prises, souvent dans l’empressement, par le président Macky Sall. À mettre la charrue avant les bœufs, on se condamne à ne pas labourer profond.

El Hadji Omar MASSALY
Écrivain / chroniqueur

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