Son navire « Grande Nigeria » saisi et risque la vente aux enchères : Grimaldi ne met pas une croix sur la destination Sénégal

Malgré la saisie de l’un de ses navires, notamment le « Grande Nigeria » par les douanes sénégalaises pour avoir transporté près de 800 kilos de cocaïne cachés dans des voitures de marque Renault, Grimaldi Lines continue de desservir Dakar. 
Dakaractu est en mesure de révéler qu’au moins deux rouliers de l’armateur italien ont séjourné au port de Dakar ces derniers jours. Il s’agit de Grande Africa et de Grande Sierra Leone. 
Le premier RO-RO, nous informe-t-on, était au port de Dakar, il y a juste une semaine.  Il est reparti et aux dernières nouvelles, il se trouve à Montevideo, capitale de l’Uruguay. Transporteur des véhicules dans lesquels ont été opérés la première saisie de 238 kilos, le 26 juin, le navire ne pouvait être retenu à Dakar pour la simple raison que les découvertes ont été faites après qu’il ait quitté le port. C’est-à-dire sur le terminal alloué au groupe Bolloré à travers Dakar Terminal. 
Le second navire du groupe Grimaldi qui a fait transit à Dakar, c’est le Grande Sierra Leone. Selon les informations de Dakaractu, ce navire d’une longueur de 214 m et de 32 m de largeur est arrivé au port le 30 juillet dernier, c’est-à-dire il y a juste deux jours. À l’heure actuelle, il est déjà en route vers la capitale béninoise, Cotonou. 
La poursuite des rotations de l’armateur italien sur Dakar pourrait intriguer les épris de justice pour qui, son implication dans l’affaire des 1110 kilos saisis entre les 26 et 30 juin derniers, devrait l’éloigner pour un temps, des eaux sénégalaises. 
Déjà dans quatre voitures déchargées du Grande Africa, 238 kilos ont été débusqués dans des sacs, jetés derrière le coffre de véhicules de marque Renault. Quatre jours plus tard, c’est au tour de Grande Nigeria, en provenance du port de Paranagua, au Brésil de se signaler. Seulement, pour cette saisie, les douaniers qui ont été alertés à temps, sont intervenus à bord du navire et ont mis la main sur 798 kilos de cocaïne. Une saisie record révélée en exclusivité par Dakaractu. Quinze véhicules de la série Kwid de Renault assemblée au Brésil seront mis à profit par les trafiquants qui avaient aussi pris le soin de faire accompagner la marchandise par un couple allemand actuellement en prison, à Dakar. La responsabilité de Grimaldi est donc engagée d’où la saisie du Grande Nigeria et le placement sous mandat de dépôt du capitaine, Mattera Biagio Pasquale. Malgré ces déboires, retirer la destination des plans de l’armateur italien n’est pas à l’ordre du jour. Pour beaucoup de raisons. 
Le géant italien du transport des véhicules est lié au port de Dakar par un contrat commercial auquel cette affaire de drogue ne pourrait mettre un terme du jour au lendemain. Aussi, le port de Dakar ne peut pour l’heure se passer des redevances que lui verse Grimaldi qui, en sus, dépense beaucoup d’argent pour les heures voire les jours que passent ses navires au port de Dakar. Aussi, le port de Dakar tire profit de ce qu’on appelle la réexportation. En effet, il nous revient de sources bien informées que les 2/3 des véhicules déchargés par les navires de Grimaldi au port sont destinés à la réexportation, vers le Mali et des pays de la sous région ne disposant pas de ports. Donc, un trafic qu’il faut sauver, sous peine de mettre à genoux les activités économiques du port autonome de Dakar. 
Pour l’armateur italien qui compte 130 navires, il est impensable de se passer du port de Dakar pour sa position stratégique. C’est pourquoi, dès les premières heures de cette affaire qui l’éclabousse, de grands cabinets d’avocats ont été commis pour défendre l’équipage du Grande Nigeria, actuellement incarcéré au Sénégal. Aussi des pieds et des mains sont faits pour trouver une solution politique à ce qui a des relents d’une affaire d’État. 
Avec un chiffre d’affaires de 3 milliards d’euros en 2018, le groupe Grimaldi fait partie des champions du secteur privé italien et à cet effet, bénéficie de la protection de l’État italien. Installé à Naples, le groupe n’emploie pas moins de 16 000 personnes dont 13 000 citoyens européens, selon un rapport publié par ses soins en début de semaine. Il dispose de 130 navires dont 116 âgés de 13 ans. 
Il est vrai que la douane sénégalaise sera intraitable pour que le Sénégal et ses forces de défense sortent grandis de cette affaire. C’est pour cette raison que les soldats de l’économie ont réclamé 243 milliards à Grimaldi et à Dakar Terminal. 
Mais, il est fort à craindre que la raison d’État prenne le dessus, surtout que lors de l’incinération d’une partie de la drogue dans les fours des Ciments du Sahel (1107 sur 1110 kilos, les 3 kilos servent de scellés pour l’enquête en cours), le ministre des Finances et du Budget n’a pas dénié la possibilité d’une solution à l’amiable avec l’armateur. « Ces navires sont saisis par l’État, donc entre les mains de la justice. On va voir ce qui est possible dans les semaines à venir. Ils seront mis aux enchères ou on va voir avec l’armateur quelles sont les possibilités d’avoir un terrain d’entente», a laissé entendre Abdoulaye Daouda Diallo.

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