Immigration: un sentiment «d’attendre le jour de sa mort»

Karim* choisit un endroit à l’ombre, un peu à l’écart de l’action du parc Émilie-Gamelin. Il fait beau et chaud. Une dizaine de personnes dansent devant la petite scène animée par un groupe de musiciens. Le Village sera encore plus festif dans quelques jours, quand le festival Fierté Montréal célébrera la communauté LGBTQ+.

Karim* choisit un endroit à l’ombre, un peu à l’écart de l’action du parc Émilie-Gamelin. Il fait beau et chaud. Une dizaine de personnes dansent devant la petite scène animée par un groupe de musiciens. Le Village sera encore plus festif dans quelques jours, quand le festival Fierté Montréal célébrera la communauté LGBTQ+.

Mais Karim n’a pas du tout le cœur à la fête. Menacé de mort dans son pays d’origine en raison de son orientation sexuelle, le Guinéen qui a demandé l’asile au Canada en 2016 risque l’expulsion samedi prochain pour une deuxième fois depuis son arrivée à Montréal. On ne croit pas son histoire de bisexualité, jugée frauduleuse, car trop similaire à trois autres cas passés. Et cela, malgré les nombreuses preuves à son dossier transmises au Devoir.

« Je me sens comme si j’attendais le jour de ma mort », raconte Karim dans un français coloré par son dialecte guinéen.

Rencontré lundi dernier, alors qu’il venait d’assister en silence à l’ultime plaidoyer de son avocat pour sa cause, le trentenaire ne peut maintenant qu’attendre que le verdict tombe, comptant les jours « avant d’être envoyé à la boucherie » si la Cour fédérale n’infirme pas la décision. Même si l’expulsion est prévue pour le 3 août, il doit quitter son loyer et son emploi dès jeudi, preuves à l’appui.

« Je ne souhaiterais même pas ma situation à mon pire ennemi », dit-il.

Cette attente et la peur qui l’accompagne, Karim les connaissait déjà. Après avoir essuyé un premier refus en 2017 à sa demande d’asile, il voit sa requête de révision être aussi rejetée. Karim évite alors l’expulsion in extremis en novembre 2017, à quelques heures de son départ, grâce à la médiatisation de son histoire et à l’intervention directe d’Ahmed Hussen, le ministre de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté, qui en aura découlé. On lui accorde alors un permis de séjour temporaire de six mois.

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