PROPOS D’UN CONFINE

PROPOS D’UN CONFINE

La montée en puissance des cas positifs au covid-19 au Sénégal ne m’a guère surpris. À vrai dire, vu la rapidité de la propagation de la pandémie et l’amateurisme du gouvernement dans la gestion de la crise, je savais qu’on allait enregistrer beaucoup de cas avec un test massif. Nous sommes sur une pente ascendante. Les cas communautaires ont pris de l’épaisseur. Aucun citoyen et aucune région n’est à l’abri.

Le gouvernement du Sénégal a fait énormément d’erreurs dans la gestion de la crise sanitaire. Rien n’a été anticipé, toutes les décisions ont été prises en tenant compte de la situation conjoncturelle et en oubliant de prévoir… Le gouvernement était dans une autoglorification, arguant que le Sénégal a mis un dispositif sanitaire efficace. C’est faux ! Le Sénégal n’a pas un dispositif sanitaire qui peut faire face quand la situation aura débordé. Le ministère de la Santé ne fait que nous lire la liste des cas journaliers.

État d’urgence décrétée, couvre-feu musclé, loi d’habilitation votée en grande pompe, un fond de 1000 milliards annoncé pour lutter contre le covid-19. Résultat : aujourd’hui nous avons enregistré 823 cas positifs, dont 296 guéris, 9 décédés, 1 évacué, et donc 517 sous traitement. Le fait est que le couvre-feu n’a aucun sens dans la lutte contre le covid-19, parce que les gens font circuler le virus entre 6 h et 19 h 30. Les mesures prises n’ont pas eu d’effets escomptés.

Depuis plus de deux mois, nous continuons toujours avec les mêmes formules de sensibilisation : restez chez vous, lavez-vous les mains, respectez une distance de 1 mètre entre vous, portez vos masques. Au même moment, les commerces sont ouverts, les ‘‘ bus tatas’’ et ‘‘cars rapides’’ continuent de circuler, les citoyens font la queue à la boulangerie pour acheter du pain, les motos ‘‘diakartas’’ transportent clandestinement des citoyens, certaines autorités politiques transportent leurs militants dans les régions alors qu’ils n’ont pas d’autorisation…

Le problème est qu’il n’y a aucune règle au Sénégal. Nous avons des dirigeants qui refusent de réfléchir dans des situations exceptionnelles, qui préfèrent sortir des communiqués et décrets à coup de tête sans penser à anticiper sur les questions éventuelles. Le confort qu’offrent les postes politiques juteux plonge nos dirigeants dans une paresse indescriptible. Ils ne réfléchissent que pour savoir comment gagner une élection ou comment liquider un adversaire politique. Il nous faut au Sénégal des « policy think tank » ; les laboratoires d’idées et de solutions politiques, sanitaires et éducatives, pour penser l’avenir de notre pays dans un cadre inclusif.

Ce qui se passe sous nos cieux était prévisible il y a un mois. Tous ceux qui sont avisés savaient que les mesures prises par le gouvernement, si pertinentes soient-elles, ne seraient pas à la hauteur des défis. Le défi c’est d’empêcher la propagation du virus, par crainte de faire face à une situation incontrôlable. À un certain niveau de taux de cas positifs, notre pays fera face à un problème de lits, de prise en charge médicale… Il n’aura pas de solutions majeures, notre pays sera obligé de se débrouiller pour se tirer d’affaire.

Le Sénégal est un puzzle : on y compte 14 régions. Le nord et le sud n’ont pas le même destin. Il ne sert à rien de s’aveugler : le Sénégal est devenu un chaudron incandescent. Avec la méthode de lutte du gouvernement, nous allons, tout droit, vers une situation incontrôlable. Parce qu’autant on sensibilise des citoyens qui continuent d’enfreindre les normes, autant on enregistre un taux de cas positifs explosif. Il ne faut pas se voiler la face : nous avons dépassé le stade de sensibilisation, il faut prendre une mesure forte.

Le gouvernement a mis la charrue avant les bœufs. Ils ont fait l’erreur de distribuer des vivres alors que les citoyens continuent de vaquer à leurs occupations. Ils ont dépensé des milliards qui auraient servi à faire des tests massifs, à renforcer le dispositif sanitaire et à acheter des milliers de masques. C’était la priorité en cette période de crise sanitaire. Et au bout du compte, le ministre Aly Ndouye Ndiaye rend obligatoire le port de masque alors que les Sénégalais ne disposent pas suffisamment de masques. La décision du ministre a fait que les citoyens portent n’importe quel genre de masque. Le souci n’est plus de se protéger contre le covid-19, mais contre les sanctions du gouvernement.

Il y a énormément d’incohérence dans la façon de gérer cette crise que deux options s’imposent aujourd’hui :

1 – Il faut confiner les villes très touchées par la pandémie. Les sceptiques vont dire que le Sénégal est un pays pauvre et le confinement est impossible. Mais c’est un faux débat. Le confinement n’arrange aucun pays au monde, même les plus développés. Toutes les économies des pays confinés ont connu une chute incroyable. Mais comme le dit le président de la République du Ghana Nana Akufo-Addo : « je sais comment relancer l’économie, mais je ne sais pas comment ressusciter une personne morte du covid-19 ».
Le Rwanda, un pays pays pauvre très endetté comme le Sénégal, a confiné ses populations une semaine après l’apparition du premier cas positif. C’est ce qu’on appelle le pragmatisme. Au Sénégal, le gouvernement devait prendre la décision de confiner les villes épicentres de la pandémie avant de distribuer les denrées alimentaires. Un confinement de 14 jours est une solution pour avoir une idée claire de la situation.

2 – Il faut continuer de sensibiliser avec les mêmes termes des citoyens qui continuent de bouger, de se cogner dans les arrêts bus, de se passer le thé, de transporter clandestinement des gens, de faire la queue dans les boulangeries pour acheter du pain, de porter des masques qui ne les protègent pas… Avec cette option qui est en vigueur, nous allons tous les jours compter plus de 50 cas positifs si le ministère continue de faire des tests massifs. Après, la situation va déborder comme ça s’est passé dans d’autres pays. Le jour où le président Macky Sall va prendre la décision de confiner les villes affectées, ça sera trop tard. Tous les pays qui ont refusé le confinement ont fini par le faire.

El Hadji Omar Massaly

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