Pourquoi le terrorisme vise l’or du Burkina Faso ?

ANALYSE. L’attentat perpétré contre des employés du site aurifère de la Semafo vise à dissuader les investisseurs et à réduire la production, ce qui aurait des conséquences pour les Etats de la région et influencerait les cours du métal jaune. Par Didier Julienne, spécialiste des marchés des matières premières (*).

Les mines du Burkina Faso produisent environ 60 tonnes d’or par an, les producteurs artisanaux environnent une dizaine de tonnes. Au cours actuel, c’est une assiette fiscale de près de 3,2 milliards d’euros qui participe aux rentrées fiscales du pays dont le budget est d’environ 3,37 milliards d’euros.

L’attentat de la Semafo, qui dispose sur la mine de Boungou en réserves et de ressources un minerai à haute teneur contenant environ 60 tonnes d’or, a probablement pour but de désorganiser l’activité minière puisque ce n’est pas la mine elle-même qui était attaquée, mais le convoi amenant un équipage de mineurs sur le site lui-même. Ce n’est donc ni les explosifs employés par la mine qui étaient visés ni la production pour autant qu’elle soit atteignable au cours d’un assaut, mais la durée de vie de la mine elle-même.

Revenus faciles

Si l’investisseur était en effet amené a réévalué son engagement sur zone, il fait peu de doute qu’un tel site abandonné se transformerait une zone d’artisanat minier, elle-même vassale de forces rebelles soucieuses de trouver des revenus faciles. Ces forces ont donc intérêt à conserver le site dans un relatif en bon état.

Mais nous n’en sommes pas encore là. L’Afrique de l’Ouest reste un nouveau Pérou pour les mineurs d’or. Ils y investissent largement. Les gisements ne sont pas profonds et la teneur du minerai est élevée. Le Ghana produit 130 tonnes d’or par an, le Mali 61 tonnes, le Burkina Faso 60 tonnes, la Côte-d’Ivoire 41 tonnes, la Guinée 27 tonnes et le Sénégal 18 tonnes. Au total, ce sont près de 340 tonnes d’or, à comparer aux 3.500 tonnes produites dans le monde en 2018 et 274 tonnes achetées par la Banque Centrale de Russie en 2018.

En d’autres termes la désorganisation de cette production ouest-africaine, 10 % de la production mondiale, aurait des conséquences importantes sur les prix de l’or.

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