Le racisme des stades n’est pas une fatalité

Dimanche, la fin du duel Malines-Charleroi a fait resurgir le spectre du racisme dans nos stades. Avec, chaque fois, les mêmes questions : comment juguler les faits d’intolérance et de xénophobie ? Comment aussi les réprimer et surtout les prévenir, dans un monde sportif aux valeurs parfois très contradictoires vu le métissage qu’il incarne ?

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L’arsenal réglementaire est présent : des directives européennes existent, des lois nationales et des réglementations sportives également. Certains pays sont pionniers en la matière, ayant promulgué des règlements spécifiques au monde du sport.

En Europe, la France, le Royaume-Uni, l’Allemagne et l’Italie, malgré le nouvel incident avec Mario Balotelli ce week-end, jouent un rôle moteur ” explique le juriste Julian Jappert, Directeur de la plateforme de réflexion Sport et Citoyenneté à Paris. ” Ces pays ont pris des initiatives citoyennes qui intègrent les acteurs sportifs et les associations de manière efficace, même s’il reste encore du chemin à faire. Car dans la plupart des autres pays, une chose est d’avoir les outils répressifs, une autre est de les appliquer… ”

Comme chaque fois, il y a la répression et la prévention. Mais il faut d’abord la volonté…

” Les dirigeants du sport restent centrés sur les résultats et les enjeux financiers ” poursuit Julian Jappert. ” On minimise les incidents racistes, il y a donc une forme d’hypocrisie et de laisser-faire. C’est la même chose avec l’homophobie. On laisse passer… mais nous sommes tous complices : les joueurs quand ils ne se décident pas à quitter le terrain pour protester solidairement, les entraîneurs aussi, et même nous les citoyens qui nous offusquons et dénonçons… mais sans pour autant porter plainte. Il faut aussi se méfier de l’effet de caisse de résonance de certains incidents, dont la médiatisation produit souvent un effet multiplicateur. ”

” Le racisme est un problème culturel, qu’il faut combattre par la prévention “

La répression passe par des sanctions connues, comme les amendes ou les exclusions de stade. Mais dans le domaine du racisme, la prévention semble avoir des effets bien plus concrets.

” Il faut d’abord cibler les publics concernés pour ne pas se tromper d’objectif. Des guides pédagogiques à destination des supporters ont été publiés, certaines campagnes produisent des effets, et principalement l’action sur le terrain articulant clubs et associations. Ce qui marche bien aussi, ce sont les amendes à payer par la famille de l’auteur de l’acte raciste ou encore des travaux d’intérêt général à fournir dans certaines associations, surtout en cette période d’érosion du bénévolat. ”

L’Angleterre a bien vaincu son hooliganisme. Mais peut-on pour autant appliquer les mêmes méthodes à la lutte contre le racisme ?

” Il faut savoir aussi, qu’outre les mesures spectaculaires d’exclusion des stades des fauteurs de troubles, l’Angleterre a gommé ce problème par une politique de prix des tickets très élevés. Les couches défavorisées ont de facto été exclues des stades. Cette méthode ne peut pas être simplement copiée-collée pour la lutte antiraciste. Le racisme est un manque de culture et d’éducation, c’est un problème culturel. Et c’est sur cet aspect pédagogique et culturel qu’il faut travailler le plus ” conclut Julian Jappert.

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