Lamine Diack, l’ancien patron sénégalais de l’athlétisme mondial, devant les juges

Le procès est étalé sur dix jours. Il faut bien cela pour démêler les fils du dossier et en tirer les tenants et les aboutissants. En fait, six demi-journées de comparution sont programmées. Le tribunal devra déterminer la responsabilité de Lamine Diack dans un système de corruption, qui mêle sport, politique et prestige. Le Sénégalais de 85 ans a été pendant 16 ans, de 1999 à 2015, le tout puissant patron de l’athlétisme mondial (IAAF). A ce titre, il est accusé d’avoir retardé des sanctions pour dopage concernant des athlètes russes. Tout cela, bien sûr, moyennant finances.

Soutien à Maky Sall

Lamine Diack avait besoin d’argent. Pas pour lui, non, jure-t-il au juge Van Ruymbeke. Il s’agissait de faire battre le président du Sénégal Abdoulaye Wade, lors de l’élection présidentielle et les législatives de 2012. Diack avait besoin de fonds pour financer la campagne de l’opposant sénégalais de Wade, Macky Sall, l’actuel chef d’Etat.

Cet argent, l’ancien maire de Dakar et ancien vice-président de l’Assemblée nationale du Sénégal, va le trouver auprès des Russes. Là est le cœur de la corruption, estimée à 1,5 million d’euros.

Dopage d’Etat

Car fin 2011, l’athlétisme russe entre dans un cyclone. Il est accusé d’avoir instauré un dopage généralisé, “sécurisé” par l’Etat. Or, les Jeux olympiques de Londres approchent, suivis en 2013 des Mondiaux d’athlétisme de Moscou… Et certains athlètes russes sont soupçonnés de dopage. Lamine Diack va jouer de son influence pour faire traîner les sanctions et permettre à ces athlètes de concourir.

L\'ancien président de la Fédération russe d\'athlétisme, Valentin Balakhnichev, lors d\'une conférence de presse à Moscou le 22 novembre 2016.
L’ancien président de la Fédération russe d’athlétisme, Valentin Balakhnichev, lors d’une conférence de presse à Moscou le 22 novembre 2016. (VLADIMIR TREFILOV / SPUTNIK)

On retrouve tous les acteurs de cette corruption renvoyés devant le tribunal de Paris. Lamine Diack, bien sûr, mais aussi son conseiller, Habib Cissé. Les corrupteurs, le président de la Fédération russe d’athlétisme Valentin Balakhnichev et son collègue Alexei Melnikov, entraîneur des courses de fond. L’exécutant, Gabriel Dollé, chef de l’antidopage à l’IAAF. Ce dernier reconnaît avoir ralenti les procédures concernant une athlète russe pour 190 000 euros.

En famille

Reste l’intermédiaire, qui n’est autre que le fils de Lamine Diack, Papa Massata, qui coule des jours paisibles à Dakar. Moyennant finances, il intercédait auprès des instances de l’IAAF pour nettoyer les dossiers d’athlètes suspects, ou retarder les procédures en cours permettant ainsi aux sportifs de participer à des rendez-vous importants, mais aussi de signer les contrats publicitaires.

En fait, rares sont les prévenus qui seront présents au procès. Hormis Diack, seuls Gabriel Dollé et Habib Cissé seront là, car placés sous contrôle judiciaire. Et quasiment tous nient ou minimisent leur rôle. Mais depuis les faits, l’Agence mondiale antidopage a démontré le rôle tenu par les autorités russes dans ce dopage d’Etat. Ce qui n’arrange pas les affaires des prévenus.

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