Fatou Diome – Les veilleurs de Sangomar – Un conte d’amour et de liberté

Révélée en 2003 par le « ventre de l’Atlantique », Fatou Diome présente pour cette rentrée littéraire un portrait de femme touchant, dans le Sénégal de 2002, suite au naufrage meurtrier du Joola cette même année. A travers cette tragédie encore irrésolue, Fatou Diome nous raconte l’amour de deux êtres tragiquement séparés par l’incident. Dans un décor au bord de l’Atlantique, deux personnages luttent par amour, pour dépasser les traditions, la société et la mort.

Par  Lea Schiavo
Qu’est-il arrivé au Joola en ce jour de septembre 2002 ? Pourquoi a-t-il sombré aux larges des côtes dakaroises, ne laissant que 65 rescapés sur 2000 passagers ?
Une tragédie plus grande encore que celle du Titanic, passée sous silence.

Bouba a disparu dans ce naufrage, laissant Coumba et leur fille Fadikiine dans le deuil.

Obligée de fuir Dakar, de retour sur l’île de Niodior, dans son village d’origine, Coumba se confronte aux traditions familiales et sociales, qui la contraignent à observer rigoureusement le deuil traditionnel.
Le jour, les visiteurs défilent, tant pour partager sa peine que pour voir par eux-mêmes si la jeune veuve respecte leurs traditions. Les ragots vont bon train dans ce village de quelques âmes et ils s’amplifient quand une rumeur se propage : Coumba parle seule aux morts, dans la nuit.

Ce que personne ne comprend c’est que Coumba, chaque nuit, appelle son aimé qui a rejoint les veilleurs de Sangomar, esprits des ancêtres. Toutes les nuits, elle traverse les eaux noires de l’Atlantique pour le rejoindre, lui et les autres disparus du Joola.

Incomprise, tiraillée entre les traditions d’aujourd’hui et les croyances d’hier, Coumba décide de garder le silence. Elle est seule dans son malheur, sa peine ne peut être exprimée par des mots. Parler à quelqu’un d’autre qu’à son aimé ? Impensable.

Et pour garder le lien avec le disparu, Coumba écrit. Son carnet devient son exutoire, elle y consigne ses échanges avec Booba. Ce qu’elle ne dit pas le jour, elle l’écrit la nuit.

Fatou Diome narre l’amour, d’une plume émouvante et onirique. Elle conte le lien qui unit ses deux personnages, avec toutes les nuances que la passion, la tristesse, le regret et la colère peuvent donner à une disparition tragique.
Elle dresse un portrait féminin tout en force et en résistance : Coumba résiste contre le poids de la religion, le poids du collectif, le poids de la solitude.
Avec une infinie poésie, c’est la liberté que Fatou Diome personnifie en Coumba.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *