Débat sur l’immigration : l’asile, un système à bout de souffle

Alors que se tient ce lundi à l’Assemblée nationale le débat sur l’immigration voulu par Emmanuel Macron, le droit d’asile en France est sévèrement critiqué par les associations d’aide aux migrants qui dénoncent des procédures inefficaces

Si l’on s’en tient aux seules statistiques, tout ne va pas si mal en matière d’asile. Certes, la France a vu en 2018 le nombre de demandes augmenter, pour un total de 120 000. Mais elle reste loin derrière l’Allemagne et la Suède, autrement plus sollicitées. Quant à la durée d’examen de ces mêmes demandes, elle a chuté de neuf à environ trois mois. Au-delà, tous les observateurs s’accordent pourtant sur un point : l’embolie d’un système devenu machine à fabriquer des sans-papiers.

D’abord parce qu’avant de pouvoir déposer une demande, il faut effectuer un parcours jalonné d’obstacles qui peut durer des mois, voire des années. Par exemple, les rendez-vous en préfecture ne se prennent désormais plus que sur Internet. Seulement 7 prises de rendez-vous sur 100 aboutissent, a calculé la Cimade, association d’aide aux réfugiés. Et moins d’un demandeur d’asile sur trois dispose d’un hébergement. « Les autres sont maintenus dans la précarité et la vulnérabilité, obligés de travailler au noir pour survivre, déplore Cyril De Billy, le secrétaire général de la Cimade. On crée un mal contre lequel on prétend lutter. »

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De 2012 à 2018, Pascal Brice a dirigé l’Ofpra, l’Office français de protection des réfugiés et apatrides, en charge de l’examen des demandes d’asile. Pour lui, « la France subit les défaillances du système d’asile européen. » Ainsi, le règlement de Dublin prévoit qu’un migrant doit déposer sa demande dans le premier pays européen où il a été contrôlé, le plus souvent l’Italie ou la Grèce. Là encore, dans les faits, seuls 20 % de ces « dublinés » quittent la France pour le pays en question. « Il y a très peu d’harmonisation entre les pays européens, regrette Pascal Brice. La France se retrouve ainsi à examiner des demandes de personnes qui ont été déboutées ailleurs, en Allemagne notamment. »

« On accueille mal, et on ne reconduit pas bien »

Une partie du problème vient, selon lui, du fait que l’asile est devenu la principale porte d’entrée migratoire, en l’absence d’un dispositif cohérent visant à piloter les migrations économiques. Or, « les besoins des entreprises sont là, constate Pascal Brice. Il faut repenser cet aspect, organiser l’immigration de travail, tout en fixant des limites. » Car les dysfonctionnements actuels font qu’au final, « on accueille mal, et on ne reconduit pas bien », résume Pascal Brice.

Alors qu’un tiers des demandes d’asile sont acceptées – 46 700 en 2018-, nombre de ceux qui n’ont pu y accéder restent toutefois sur le sol français, là encore dans la précarité. Dans un récent rapport, révélé en juin par Le Parisien, deux parlementaires pointaient l’inefficacité du dispositif de « reconduites frontières. » Du fait de défaillances dans la logistique, mais aussi en raison de réticences des pays d’origine à accepter leurs ressortissants et à leur délivrer des laissez-passer en vue d’une expulsion.

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Pour pallier cet écueil, des accords bilatéraux voient régulièrement le jour. Mi-septembre, l’Assemblée a ainsi validé un texte qui facilitera les expulsions depuis le sol européen vers l’Afghanistan. « C’est intolérable », pointe Cyril De Billy, lequel évoque également des expulsions effectuées vers la Somalie ou l’Érythrée, autant de pays où les risques sont avérés pour ceux qui y retournent. Le même appelle à un maintien du droit d’asile, et à un examen au cas par cas de chaque demande, partant du principe qu’« aucune nationalité ne se voit opposer 100 % de refus par l’Ofpra. »

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