Coronavirus : « Nous sommes passés d’une menace imminente à une catastrophe imminente »

Pour le virologue camerounais John Nkengasong, directeur de l’Africa CDC, le continent qui dispose de moins de ressources que les économies les plus développées d’Europe et d’Asie face au coronavirus, est exposé à une grave crise à venir.

Directeur des Centres africains de prévention et de lutte contre les maladies (Africa CDC, rattaché à l’Union africaine), John Nkengasong pilote la lutte contre la pandémie de Covid-19 à l’échelle continentale.

Au cours d’un long entretien accordé à Jeune Afrique le 21 mars depuis son bureau d’Addis-Abeba, le virologue camerounais détaille les mesures prises par l’Afrique pour se préparer à la crise et nous confie aussi son inquiétude croissante. Il en appelle à l’aide de la communauté internationale.

Jeune Afrique : Le mois dernier, vous avertissiez que le Covid-19 pourrait avoir un impact « dévastateur » sur l’Afrique. Que pensez-vous aujourd’hui ?

John Nkengasong : Je disais à l’époque que c’était une menace imminente pour le continent, je dis désormais que c’est une catastrophe imminente. On voit ce qui s’est passé en Chine et ce qui se passe en Amérique du Nord et en Europe : c’est dévastateur.

La propagation exponentielle de la maladie, le nombre de décès et les fonds que ces pays extrêmement développés déploient pour soutenir leur économie. Nous sommes loin d’avoir ce genre de ressources. Je suis extrêmement préoccupé.

Les compagnies aériennes interrompent leurs vols, y compris entre pays africains. Cela peut-il encore aider ?

J’en doute. Ce sont des mesures qui nous inquiètent beaucoup car elles nous empêchent d’aider les pays à lutter contre le virus. L’Éthiopie était autrefois une plaque tournante idéale pour fournir ce soutien, mais nous ne pouvons plus approvisionner aucun pays en raison de la réduction des vols.

Il est évident que tous les pays africains seront touchés, les frontières du continent étant extrêmement poreuses. Comment contenir ce virus sans pouvoir distribuer des tests de dépistage, sans pouvoir apporter de protection aux personnels soignants?

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